CAPORAL MAURIN, chroniques et écrits de la guerre 1914-1918

CAPORAL MAURIN, Chroniques et écrits de la guerre de 1914-1918
Eugène Raymond Maurin


Extrait de Préface :

Eugène Raymond Maurin est né le 24 juillet1877 à Bordeaux. Fils de Jean Maurin et Agathe Pastoureau, il fut abandonné par son père à l’âge de sept ans, dans la ville Bordeaux. Élevé au sein de l’Assistance publique puis de familles d’accueil, il devient ensuite ouvrier agricole, puis agriculteur, jardinier et garde-chasse.
 
Il ne reverra jamais son père, qui parti en Belgique fonder une nouvelle famille, tentera en vain, après guerre, de renouer avec lui.
 
Il est incorporé pour son service militaire au 1er Régiment de Zouaves en Algérie, et y sert du 21 novembre 1898 au 7 décembre 1899. Il est réformé par commission spéciale de Marseille le 9 novembre 1900 pour légère hypertrophie du cœur. Il participe à deux périodes d’exercice dans le 50eme Régiment d’Infanterie du 22 août au 18 septembre 1904, puis du 3 au 19 novembre 1908.
 
Il se marie le 22 novembre 1901 à Dubois Marie, née le 8 mars 1882, fille de Léonard Dubois et de Marie Bachelard. De cette union naîtront trois enfants, Maurin Mercedes, Yvonne, Marie, Solange le 15 mai 1905, Maurin Mireille, Lucette, Georgette, Denise le 8 mars 1914 et Maurin Jeanine, Yolande, Gabie, Marcelle, le 27 mars 1923.
 
En 1914, il a trente-sept ans et est incorporé au 138eme Régiment Territorial, puis affecté au 167eme Régiment d’Infanterie, 73eme Division le 24 novembre 1914, Régiment qui fera partie de la 128eme Division, avec le 168eme et le 169eme, lors de sa création le 10 juin 1915.
 
Durant toute cette guerre qu’il mena courageusement, notamment à Bois le Prêtre et dans l’Argonne, il tient ses Chroniques de guerre, son propre journal et sur des petits carnets, au jour le jour, retrace les derniers événements dont il a connaissance par les journaux et par les communiqués, qu’il accompagne de remarques personnelles intéressant la vie courante. On regrettera que le carnet de l’année 1918 soit perdu.
 
Blessé le 31 Mars 1915 à Bois le Prêtre puis le 25 septembre 1915 à Saint Thomas, il est cité à l’ordre du Régiment et se voit décerner la Croix de Guerre avec Étoile de Bronze. (On remarquera là une erreur sur sa fiche militaire citant sa blessure le 25 septembre 1915 à Saint Thomas, mais parlant d’une blessure à Bois le Prêtre le 31 mars 1916 qui a eu lieu en 1915…)
...

Extrait de Campagnes
 
1914
 
Août
 
Le 2 août 1914, nous partons de nos foyers, par ordre du Président de la République qui vient de décréter la mobilisation générale, pour nous rendre à La Rochelle au dépôt du 138eme Territorial Régiment d’Infanterie.
Le fascicule de nos livrets militaires n’ayant subi aucun changement (négligence administrative), nous sommes obligés de réintégrer nos foyers et reporter de 13 jours notre mobilisation.
 
Le 14, le jeudi à 8h, je prends le train à Chalais.
 
Le 15, j’arrive à 1h30 de l’après-midi et rentre au quartier militaire.
 
Les 16,17, je suis habillé au pas de charge et nous sommes dirigés, après avoir touché tout notre équipement et nos vivres, à Vennecy dans le Loiret.
Le 138eme se compose de trois Bataillons comportant 39 officiers, 3063 Sous-Officiers, Caporaux, et soldats.
Je suis affecté au troisième Bataillon, à la 11eme Compagnie, troisième section. Je passe sous les ordres du Lieutenant-Colonel Bruyelle, du Commandant Arrecgros qui commande le 3eme bataillon, du Capitaine Cotton avec pour chef de section le Sergent Jacquin.
Je suis actuellement soldat de deuxième classe.
Nous partons de La Rochelle le soir. Nous prenons le train à 20h30. À l’arrêt à Niort, nous remarquons que la population est massée aux abords de la gare pour nous voir passer. Elle nous distribue tout ce qu’elle peut pour nous être agréable, des friandises, de la nourriture.
Une jeune fille dévouée nous donne pendant une demi-heure du vin et des boissons rafraîchissantes, plus de trente hectolitres.
Nous repartons.
 
Le 18, à Saumur le matin, on note le même enthousiasme des habitants. Arrivés à Blois à 12 heures, nous nous arrêtons 2 heures pour prendre un peu de ravitaillement. Nous parvenons à Orléans vers 4h30 de l’après-midi. Deux bataillons de notre Régiment restent ici. Ils vont cantonner en dehors de la ville sous des tentes abris. Auprès d’eux ils trouvent un Régiment Marocain qui attend l’ordre de se rendre sur la ligne de chemin de fer. Le 3eme Bataillon, dont je fais partie met sac à dos et se dirige par la route des Aubrais sur le coquet petit bourg de Vennecy situé en Beauce à 2 km d’Orléans.
 
Nous arrivons le soir, exténués de fatigue, à 8h30. Je remarque l’ambulance qui passe devant moi, pleine de traînards. Après ordre donné, nous sommes cantonnés chez un bon fermier du nom de Barbara. Nous couchons là, sans souper, dans une grange manquant de paille, mais j’étais si fatigué que je me suis endormi sans faire attention à cet inconfort. Ayant repos le lendemain, je m’éveille à 8h. Edmond Lassalle, le Caporal Moullie, Dupont Joseph et moi, nous contentons en guise de déjeuner de 4 litres de lait. La Compagnie, en fait, ne s’est pas organisée pour la cuisine...
 
Extrait de Poèmes de guerre
 
Le Bois Le Prêtre
 
Enfants, si vous passez sur ce coin de Lorraine,
Tout au fond du coteau est une immense plaine, *
Où dorment des milliers de braves.
Faites-leur, en passant, l’aumône d’une prière,
Saluez les biens bas. Car pour notre frontière
Leur sang coulait à flots.
 
Tels autrefois leur père, de notre Gaule antique,
Arrêtant l’invasion des hordes germaniques,
Une race barbare,
Ils ont su vous garder cette terre sacrée,
Défendant pièce à pièce l’héritage légué,
Repoussant les tartares
Jour et nuit, sans repos en de sanglants combats.
À chaque instant nos cuivres, sonnant le branle-bas,
Les mettaient aux abois.
 
Ils mirent en pièces les armées du Kaiser, **
Ils ont enseveli sous cette froide terre
Ses meilleurs bavarois.
 
À cette époque-là, toute la France entière
Vit dans ses rangs combattre et le fils et le père
Tous criant à l’unisson :
Nous avons combattu pour votre indépendance
Et nous sommes morts pour votre délivrance.
Maudissez les Saxons !
Si plus tard ces monstres au regard farouche
Essayent de vous surprendre par des manœuvres louches,
Montrez-vous sans pitié
Que jamais votre ardeur ne soit prise en défaut,
Montrez votre honneur à tout ce peuple faux
Qui n’a rien respecté.
 
Ils ont violé nos mères, ils ont violé nos sœurs,
Ils ont pillé nos fermes, incendiées nos demeures,
Sans que leur cœur tressaille.
 
De ce peuple assassin, vos pères crient vengeance,
Et si votre tour vient, soyez sans indulgence,
Usez de représailles,
Gardez toujours au fond de votre cœur
Une haine implacable pour cet envahisseur
Qu’est le maudit prussien.
 
Soyez toujours prêt et qu’à la moindre alarme
S’ils osent vous attaquer, passez-les par les armes
Jusqu’au-delà du Rhin.
 
19/03/1915 en campagne et au Bois même.
 
*Cimetière près de Montanville
** Guillaume le maudit
 
Table
 
7 Préface
 
15 CHRONIQUES DE GUERRE
 
17 Campagnes
87 Éphéméride
211 Correspondance
 
365 ÉCRITS DE GUERRE
 
367 Textes
 
369 Apocalypse de Saint Jean
371 L’Antéchrist
376 Le miracle de la Marne
 
379 Poèmes
 
381 L’Antéchrist s’est levé
383 Le Bois Le Prêtre
385 Le matin du 12 août 1915
387 À Gaston Capelle 147eme d’Infanterie
390 La prière du combattant
 
391 Prophéties
 
445 AUTRES TEXTES
 
367 Théâtre
 
369 Une séance à la Chambre des Députés
469 Le Christ au Vatican
 
477 Textes politiques et religieux
 
479 Hégémonie
481 Sur Louis XVI
489 Sur Sainte Marguerite Alacoque
493 Discours
 
495 Poèmes
 
497 Je t’aimerai
498 Je me souviens
499 Pour avoir ton amour
500 Mais si tu fais un gage
501 Aujourd’hui
502 Possession
503 Inventaire
505 À L’amour
507 Elle m’a dit
508 La fin
 
 
509 Table


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