CONSTELLATIONS

CONSTELLATIONS


I
 
Des cils souverains
 

 
 
Des cils souverains par l’Ouest enivrant
Nous sont venus les pas de ce conquérant.
Qu’avions-nous d’ères espérées la rencontre
De ce Sage qui nous livre et nous montre
L’espace magnifié qui parle en nos écrins.
Et son verbe en nos émois est ce chemin
Qui hisse nos chants dans le vif horizon
Où s’éprend, sans chagrin, la belle saison.
Qu’ivoire des temples la nue des moissons,
La source et le trésor de ses vives raisons,
Dont nous fûmes écumes et fleuves d’azur
Comme une danse en fête de vigueurs pures.
Alors qu’un air divin, de liesse, couronné,
Délivrait un parfum de récolte surannée,
Et que l’ivre parturition des ors animés
Enchantait nos cœurs d’un vœu aimé.
Il y avait là des parures exquises, mages
Atticismes, des gravures moirées par l’âge,
Qui revisitaient les songes de nos voilures
Attisées par les vents aux forces mures.




Miroir des algues où s’en vont florilèges des passementeries d’ivoire, des armures blondes et des heaumes de jade,
Le flot portait sa gloire jusqu’aux domesticités antiques que l’onde désignait dans un grand froissement de vêtures azurées,
Et le fleuve, impassible, développait ses rimes, tandis que les oiseaux-lyres délivraient des chants pour fêter le retour du Vivant.
 
« Voici venir, vestales, aux âges adulés par les portuaires dimensions, les courants qui témoignent du chatoiement,
De la floraison des sens et de l’excellence des Univers dans une densité qui s’agit, se fortifie et se couronne,
Tandis qu’en brume se taisent les esprits navigateurs, retenant l’haleine sage sous le vent qui s’en vient un serment. »
 
Il y avait là des regards qui s’émerveillaient des adages qui inscrivaient le temps, ses désirs, dans un grand soupir de règne,
Un éclat de rire aussi, aux marches tribales qui arboraient, des engendrements précoces que l’aube déversait,
Majeure et supérieure sur l’horizon, tandis qu’une pluie fine, improbable, déjà dans le talisman des ambres levait ses oriflammes.
 
 
« Où l’or à mi nu, dans ses atours s’en vient conter le recueillement, tandis que les cils se tournent vers la pluralité des mondes,
De ceux qui furent, de ceux qui sont, de ceux qui se composent et se projettent vers l’Éternité afin d’en advenir la pure accoutumance,
Ce répons de l’astre engendre par les voix des puissances qui se vivifient, se déflorent et s’éploient afin d’éveiller le seuil d’un enchantement. »
 
Gracieuse, l’ondée devisait des fumerolles légères et habitées par les songes, ces elfes aux sylves nimbées de soleil,
Tandis qu’opérative, la terre en ses sillons forgeait la rive d’une chrysalide suave dans laquelle s’invitaient, sans errance, les Peuples en moisson,
Honneur et candeur d’un respire, leurs éloquences manifestation de la clarté qui se révélait, propriété sublime de l’empathie universelle.
 
« Du revenir des cycles nous sommes en partition des mesures qui ne s’oublient, et nos fastes dans le terroir qui nous vient, insignes,
Sont présages de nouveaux étonnements comme de grande verve au soir couchant, sous les étoles des feux qui perdurent la joie sans sommeil,
Où l’été suspendra ses rayons pour nous fournir mobiles de plus vastes parcours par les étoiles qui nous sont merveilles. »
 
Et déjà, aux laiteuses perfections des feuilles nervurées de cristallisations splendides, marchant vers les luisances stellaires,
Venait, aux bruines ocre de leurs cœurs en émois, ce rêve qui parlait des denses et frugales contrées par-delà les salinités des heures,
Tenue de l’exquise et talentueuse mélodie qui sourdait sur ses flancs mauves le souffle victorieux, essaimé et fier de ses prouesses éthérées.
 
« Portée qui s’embellit aux senteurs de fenaisons qui nous enseignent, nous venons par ces floralies, les sites de la promesse,
D’une florale roseraie, et nos propos volent comme des papillons pour la renommée de la gracieuse permanence,
De la flamboyance, et de ses rayons, où se nichent les arbrisseaux tendres de la rosée nuptiale, qui demain seront les lourdes sentences de nos écrins. »
 
Allégresse des hymnes aux roses adamantes dont les effluves exhalaient la luminosité navigatrice, divine quintessence des roulis et des actes,
Que l’iris dévoilait aux espaces des cieux dans la moiteur d’un sacre solaire qui, posément, faisait fondre les effusions des eaux,
Paraissait, la Nef, s’il en fut de plus noble, aux bois de palissandre, gréés de matures olivines enchâssées miroitant des filigranes d’or.
 
 
 
« N’est-ce là le zéphyr, qui porte sa vague comme un message sur nos terres azurées, qu’attise le Verbe à profusion ?
N’est-ce là la pluviosité des granits qui sont les vecteurs de nos vigueurs et de nos odes, dans la raison des âmes qui se propagent ?
N’est-ce là, par-delà les coutumes, la novation de notre destin aux Constellations qui bruissent de nos rêves engendrés ? »
 
Le coryphée à cet âge surgissant, par le brouhaha tonal et suranné, fit alors frémir des cithares et des lourds tambours de bronze,
Leurs caractères saillaient la symphonie altière, hissant les pavois et détressant les voiles aux lourds plis de cinabres accomplies,
Tandis que les foules assemblées reprenaient l’antienne de la jouvence épousée, contemplant l’apparat.
 
« Essor de nos voix par la Voie toujours partagée, qui assemble, ressemble, partage dans le prodige des orbes conquérants,
Qui vogue les sources vigoureuses des rites qui ne se défont de leurs prismatiques essences aux exhalaisons efflorescentes,
Aux blondeurs assoiffées, où nos adages sont verbes, où nos pouvoirs sont avis, où nos autorités sont forces qui ne s’émondent. » 
 
 
Dont l’ambre à genoux des lys couronnements acclamait la majesté, chatoiement aux ciselures dénudées de cohortes magnifiées,
Qui affluaient des flancs de la nef cristalline, qu’ardeurs, les promontoires enrobés de parfums de flores épousées, recevaient avec honneur,
Tandis que s’avançait l’orphéon au front glorieux et altier des fragrances qui enseignaient le conte de leurs épreuves et de leurs victoires.
 
« Parole en fête de la nue, dans les portuaires délivrances qui se paraissent, s’adulent et se proposent en disposition des termes,
Dans la vacation même des créations qui ne s’absolvent mais se perpétuent par les étoiles embrasées, les courants de l’espace lové,
Jusqu’aux munificences des signes sous le vent que proclament les énergies les plus évoluées comme les plus inconscientes. »
 
Le soleil maintenant paraissait, délaissant les morosités des nudités de l’aube, les nuageuses aperceptions et leurs halos gravités,
Immense dans le zénith, rayonnait d’une eau vive les armes lambrissées et les oriflammes dressées que portaient les hères de ce verger d’écume,
Scintillants de parures diaphanes enlacées d’armures et de glaives, de lances et de boucliers au métal somptueux, renvoyant des éclairs lumineux.
 
« Ainsi nous voici dans l’âme de ce temps qui s’écoule, revenus des gouffres incertains par des houles légères et téméraires,
Nos cœurs palpitants la faveur fertile de l’horizon dont bien d’entre nous ne reviendront les féeries et les calices vertigineux,
Perdus, éperdus aux régions en gestation qui se désignent, se montrent, s’effacent et se rebellent, avant que de venir nos stances, épouser. »
 
Mystère des lacs de fortune, s’invitait maintenant la foule, bigarrée, haletante sous les rayons des cieux, dont les ovations ne s’estompaient,
Tandis qu’à la poupe se tenaient les fiers capitaines, attendant que chaque marin comme chaque soldat vienne fouler le sol pour venir les homélies,
Qui, maintenant, se développaient dans d’affines volutes constellant, sur le marbre des sanctuaires, les efflorescences du Vivant.
 
« Ici le Chœur en ses vertus qui ne se dissolvent, dans ses essaims qui ne se dilapident, dans ce ferment exposé de la mémoire consignée,
Par les temporalités qui s’entrecroisent, se révèlent et se déploient, comme les diadèmes d’oratoires vécus et à vivre par le large souverain,
L’infini, cette préciosité des abysses qui transférés dans le creux des vagues stellaires s’apprivoisent pour créer la parousie de son Vœu. »
 

 
Elle était là, dans l’incarnat sublime de ses vêtures exquises aux fils tissés d’argent divin, ses cheveux d’or flottant sous la brise légère,
Son sourire marquait sa gaîté, reflet d’un visage de feu où rien ne transparaissait d’une quelconque amertume malgré les siècles passés à s’interroger,
Et sa douceur était l’expression même de l’Éternité, de l’Amour et de ses illuminations, de ce firmament éclos que la brume ne saurait taire.
 
« De l’autorité du verbe, la voici, venue des zéphyrs de l’Astre, heureuse conception de la splendeur qui illumine la pluralité des œuvres,
Et ses sens sont la trame du séjour, de la clarté qui instaure ses sillons par toutes décades dans le cil serein d’une continuité,
Que l’Esprit, union sacrée, veille dans sa frugalité, par-delà les anathèmes comme par-delà les fléchissements. »
 
La multitude, à sa vue, mit un genou à terre pour révérer la pureté qui la dirigeait et l’élevait, dans une prière commune rendait grâce,
Tandis que les Cohortes se rendaient à quai, et qu’inspiré, le Sage de la Nef couronnait la nuptiale apparition,
Inscrite depuis les siècles adventices qui savaient son atour et sa pérenne demeure, là dans ce lieu de l’ataraxie auquel il rendait hommage.
 
 
« Hommage à l’âme de cet empire, vénération puissante aux félicités de ses intentions et de ses volitions sans équivoque,
Rite de sa tendresse révérée, densité de l’harmonie exquise des rêves qui s’orientent et se présagent, se nuptialisent et se fécondent,
Attachement de la multiplicité, par la diversité qui acquiesce en sa foi la destinée de la moisson des Constellations. »
 
D’un geste tendre, elle demanda que chacun se redresse, par-delà l’honneur dû à son rang, dont la magnificence composée était transport,
Et lors, dans les ivresses de l’exultation, tous se préparèrent à une fête renouvelée, celle des arrivées portuaires des dimensions lointaines,
Que chantaient les bardes dans les auberges, près des fontaines, sur les parvis des oratoires, comme par les places enfantées de ravissement.
 
« Les voix de retour, en sèves des libations des saisons, nous sont des ramures, comme des vols d’oiseaux-lyres allant jusqu’aux breuvages de miel,
Leur respire comme un sceau sur le Temple de nos Vies, leur jubilation comme immense plaisir de nos étreintes et de nos hymnes,
En la vertu renouvelée du jour qui ne s’estompe, ne s’inquiète, et parle à mi-repos dans les chaumes égayés où s’en vient leur baume de vivant. »
 
La Reine de cette foule en liesse s’assit sur son trône de jade serti d’émeraudes phosphorescentes, dans une position suave et légère,
Tandis que paraissaient, comme des chrysalides, les notables suivants leurs valeurs gérées, le grand argentier, les puissances couronnées,
Et les Guerriers au regard d’aigle, reconnaissants dans la pulsion des temps la course que le Commandeur, maintenant, désignait.
 
« Nous visitâmes tant d’étranges circonvolutions par les planètes endeuillées, dans des essors gigantesques qu’il nous fallut affronter,
Il y avait là le souci de notre Unité et la grandeur à naître dans le sursis des heures témoignées, vision d’étoiles en capacité qui ne s’abritent,
Mais inversement vivent, pour certaines, dans l’intempérance qui se promeut, que nous délivrâmes dans la Voie et par la Voie. »
 
Devant la raison même de ce précepte qui irradiait la perception de chacun, qu’il soit du Peuple ou du règne, du humble comme du couronné,
Des cales surgissait la pléiade de fruits divers et de sources ennoblies, de vastes farandoles d’étoffes et de miel comme d’ébène épanouie,
Une fortune de sel, d’or et de soie, de porphyre et de jaspe, de corail et de métaux précieux, que tous devisaient, à voix basse adulée...


Table


CONSTELLATIONS
 
I
 
5 Des cils souverains
 
II
 
37 Où l’écume survient
 
III
 
69 D’un monde oublié
 
IV
 
101 D’œuvre dissipée
 
V
 
133 S’en vient l’onde de cristal
 
VI
 
165 Immortelle randonnée
 
VII
 
197 De l’aube propice
 
VIII
 
229 De l’Harmonie qui veille
 
IX
 
261 La nuptialité des mondes
 
293 Table

 
 

Vincent Thierry
France, Royan
Le 06/02/2017

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