D'IRIS



D’UNIVERS
 
 

D’IRIS

 
 
 


DORMEURS.

 
 
 
Dormeurs, réveillez-vous ! ....
 
Dormeurs en signes d'abstraction hautaine, Vous, agonies des fastes de la Terre, nus et larvaires lors de l'élan des Héros, le Monde, Votre mystère et Votre chant,
 
Dormeurs, sans signes de l'abeille la moisson du miel les yeux mi clos, larmes aux paupières, ne Voyez ce Monde en pleurs de sommeil, le cœur déchiré des fresques, le cristal brisé ou se meurt le ciel ?
 
Dormeurs, réveillez-vous ! ...
 
Dormeurs, Vos marches sans liens de la Terre, Ici les cohortes de la mort comme un chant d'agonie aux sens pharamineux qui s'enchantent loin de Vos regards atrophiés,
 
Dormeurs, le soir est tombé sur la sphère, et les Oiseaux s'en viennent mourir aux Temples en flammes de Vos sourires moqueurs, jour, ne Voyez leurs ailes fatiguées du long chemin qui mène au port de l'Éden ?
 
Dormeurs, réveillez-vous ! ...
 
Dormeurs, Vos couches diurnes où sombrent des paroles sans histoires et sans règnes, la pauvreté du langage qu’assignent les fosses de l'oubli comme message d'ivresse folle,
 
Dormeurs, un arc-en-ciel est venu moissonner les champs de Votre absence, et la pluie bâtit l'écume d'un sol vivifiant et pur, ne Voyez la beauté des prairies où la pierre désigne faunique l'arborescence claire ?
 
Dormeurs, réveillez-vous ! ...
 
Dormeurs, lianes d'un désert ou la foi morte de n'avoir su compose son poison de litière sauvage, breuvage Vous prenez sans secret de germe l'aventure qui se parle,
 
Dormeurs, un solstice vient de passer sur Vos tempes, Ciel Solaire, l’inoubliable parchemin, ne Voyez son respire en toutes faces de la lumière, iris de nos corps et de nos chants victorieux hier ?
 
Dormeurs, réveillez-vous ! ....
 
Dormeurs, ces places vides de l'Enfance et de la Vieillesse qui s'estompent sous le vent de la cendre et le rameau de l'injustice que le sol incante à Vos bassesses, témoignages,
 
Dormeurs, Vous fûtes morts avant de naître et les Yeux du Monde du Vivant n'ont su comprendre à vos égarements la suffisance des rives qui Vous portent, ne Voyez le pur Esprit de l'Humain, éclair?
 
Dormeurs, réveillez-vous ! ...
 
Dormeurs, Votre nom en place de toujours ces signes qui s'infiltrent et Vos âmes de granit érodées du Temps qui passe, Votre tombeau qui se désigne terrible au firmament,
 
Dormeurs, les ténèbres sont présences et Vos rêves sans supports nos algues de détresse dans le parfum des jours qui s'estompent, demain sera l'enfer des villes et des Etres, et Vous semblables, ne Voyez la Terre ?
 
Dormeurs, réveillez-vous ! ...
 
Dormeurs, au tard de la présence, Votre Éveil ne sera que figuration dans le carcan des heures qui broient l'Univers, le sang nu nos tombes en ivoire, Vos paroles sans souci,
 
Dormeurs, ici les chaînes sont de silence, mots les gerbes anachroniques qui se dissolvent, ne Voyez cet ouragan en nos demeures détruisant Vos souches et Vos respires, demain comme un souffle l'heure dernière ?
 
Dormeurs, réveillez-vous ! ...
 
Dormeurs en vos yeux de préau l'incertitude des songes, Vos croyances les fables que l'on Vous conte sans Éveil, pure détermination de Votre règne, ivoire ténébreux des souffles sans Azur,
 
Dormeurs, ne Voyez ce Ciel qui marche les nuées sombres ou roulent des éclairs sans parfums, nulles guerres de révolte à l'incandescence barbare de ces cris qui fusent en toutes places, ne Voyez déjà sur vos fronts le sceau des bannis et des esclaves qui se ferme, ne Voyez gigantesque et tyrannique le fléau de Votre non-être détruire à jamais votre liberté de Règne ?
 
O Dormeurs !
 
Réveillez
 
Vous ...
 

NOSTALGIQUES

 
 
 
 
Dans le propos l'adresse fût donnée la reconnaissance d'un milieu, à voir, connaître et si possible désigner. Deux lettres suffirent l'état de notre savoir ....
 
Huit heures attendait nos pas de l'Odéon, les signes des vitrines la présentation d'œuvres archaïques et modernes tant de livres que de tableaux, nos compagnons d'impatiente. Nous arpentions ces rues d'augures littéraires les noms en nombre la gravure incertaine à la nuit tombée. Huit heures semblaient ne pas vouloir se désigner.
 
Sans monotonie les minutes s'écoulaient, lors de passants nous nous substituâmes en convives : huit heures venaient de sonner !...
 
Nous entrâmes le sort de notre lieu, restaurant de qualité aux quartiers de la nuit la destinée, déclinâmes notre appartenance au " Club ", fûmes invités à monter un escalier afin de rejoindre une salle, damassée de pourpre, ou nos hôtes nous attendaient.
 
La cérémonie du vestiaire terminée, nous nous dirigeâmes vers cette Assemblée dont nous attendions l'éclair de l'esprit. En effet, le programme de la soirée nous spécifiait autre le repas, une conférence avec débat sur un sujet brûlant : La Chine.
 
O surprise !
 
Assemblée de grand âge nous fut-il donné à voir, lors que nous attendions la Jeunesse et sa volonté de puissance, mais ce premier regret dépassé, sans jugement préconçu, nous nous installâmes pour dîner et peut-être découvrir ce qui nous avait fait venir.
 
Qu'avons-nous mangé ? Je ne m'en souviens guère, si tant l'appétit disparu au-devant des rites déployés par nos hôtes, de hauts personnages, voie de parchemin l'usure des ans le créneau de leurs esprits émotifs au seul charme, celui de leur appartenance, communion d'instants précieux, de nouvelles effeuillées, de cris et de rires déjà l'affront du plus grand deuil, mais notre écoute quelques rameaux verts semblables à des floralies dans ce désert du vivant.
 
Age en abîme de leurs corps, ces Etres nous parlaient de messages oubliés, de reconnaissances adverses et bien plus loin dans le feu du discours politique de temps anciens, dont beaucoup ici avait vécu la trame, de temps nouveaux, que chacun espérait ici, sans souci d'une affirmation précise, d'un pôle transcendant permettant effectivement l'éternel retour d'une dimension propice.
 
Ainsi dans les heures, les fruits de ces discours, entre les plats dont la saveur n'avait rien de particulier sinon qu'ils étaient insipides, mais là n'est pas notre propos, les discours fusaient et nos regards glissaient de nos interlocuteurs à ceux qui ne l'étaient pas, ô Age souverain ! Que faisions-nous là ? Nous qui ne cherchions que forme et non nostalgie du passé détruit, nous qui ne parlions que de construire et non de s'oublier dans un rythme déchu avec pour seule litanie, dans l'insuffisance même du rythme, des yeux humides sur ce qui fût, avec pour seule consolation, dans la disparition même des effectifs de ce Club, le souci d'avoir été juste envers soi-même en perpétuant le souvenir ... Sans avenir !
 
L'heure vint sonner la destination de ce dîner, la fameuse conférence dont nous attendions qu'elle relève le niveau des conversations courantes. L'invitée se leva, femme de culture et de noblesse, elle commença son discours...
O surprise !
 
Une heure durant, ou peut-être était-ce moins, mais c'est l'impression de temps qu'il me restera en mémoire de cette conférence, cette Femme nous conta la Chine, non la Chine de ce jour expansion de son propre champ et de ses pleines capacités économiques, révisionniste quant à l'ensemble de son programme politique, dans un sens plus favorable au dessein de l'Occident, non la Chine de ce jour, dont la puissance militaire favorise l'essor de l'Europe, dont le poids sur les frontières de l'Urss détermine une possibilité d'action plus large pour chaque Pays de l'Occident, non, rien de cela, mais une Chine ancestrale, une Chine sans propriétés novatrices, une Chine de passant, d'œuvre le témoignage des anecdotes et des descriptions éculées, cent fois répétés sur la Muraille de ce Pays, sur quelques monuments, le Palais d'Été, et autres, anecdotes amusantes certes mais hors de propos avec la prétention de ce Club dont chacun aurait pu attendre ne serait-ce que par sa détermination une volonté de situer l'action dans son temps présent et non dans un lointain passé fait de voiles et par là même faisant preuve d'aveuglement.
 
La conférence se dissipa comme elle avait commencé. Qu'avions nous appris ? Que retirons-nous des dires ?
Déjà, nos hôtes se retiraient sans oublier de nous remercier d'être venu, avec l'espoir de nous voir lors d'une prochaine réunion, déjà nous les quittions et ce fût lors de cette sortie comme une puissance organique, loin des cris et des voix de cette foule, nous éclatâmes d'un même rire dissonant, rire de délivrance, rire terrible, non de mépris mais d'intense soulagement, de peine presque si tant le paradoxe dont nous venions de vivre les affres nous laissant comme apitoyé au-devant de ce qui se croyait le fer de lance du Renouveau, et qui n'était en fait que trame d'un passé de nostalgie ...
 
Que dire de plus ?
 
Rien, sinon que nous ne retournâmes pas dans ce Club et que nous désignâmes d'autres lieux propices à une action réelle, une action présente, et non à un repli sur l'abîme,
 
Rien, sinon que nous gardâmes de cette soirée un goût amer sur ce que la désespérance Humaine peut produire et dissiper lorsqu'elle n'a pas la force de surmonter la réalité,
 
Rien, sinon qu'aujourd'hui, s'il faut honorer l'arrière-garde, il ne peut être dans l'intention de la Jeunesse, hormis l'expérience qu'elle porte, de suivre dans le déclin ses armoiries, fussent-elles d'histoire glorieuse, sous peine de la voir péricliter à son tour en l'empire du rêve et de la nostalgie !....



DES TÉNÈBRES

 
 
 
 
Éveil,
 
Cils sans sommeil, l'Etre vient de naître au réel, et les portes des liens se sont rompues pour offrir l'horizon et sa clarté indestructible, ici l'Amour n'est pas !
 
Et dans la nudité de l'instant l'éclair a forcé cette révélation pour en appréhender les ignorances comme les votives incantations, iris sans horizon !
 
Le navire dans le tourbillon d'écume, la tempête dévastatrice consument les derniers feux de ce qui fût, mémoire de l'hypocrisie dans son parchemin souriant !
 
Hypocrisie !
 
La Femme disposant de ce sérail, Femme qu'hier l'Homme crut aimer, Femme destructrice s'il en fût dans tous domaines du Vivant, araigne de sa toile !
 
Tissant, muraille de haute dénégation, le jeu et la parodie de ses mille indifférences, lézarde de la nuit le parcours d'orgueil négatif et participe !
 
Marche de délice en ses prouesses l'accomplissement de sa destinée, horreur superbe l'allégeance, le Nom hanté de la putréfaction de tout ce qu'elle touche !
 
Et l'Homme,
 
Sans haine dans son profit, l'Enfance germée de son Corps devisant l'Avenir, sans haine pour cette Femme inconsciente, simple mépris pour sa joie cannibale !
 
En Éveil ce jour de vaste clarté le Devenir de ses Enfants et de son signe, correspondance du lendemain l'apaisement de la primitive qui lui tient lieu !
 
Destin du Devenir l'iris d'un départ loin de cette contrée ténébreuse assumant sa perversité dans la minéralité de sa détresse, force nécessaire à l'Avenir !
 
Insigne de l'Éveil ....

 
 
 
 
 

Table

 

D'IRIS
 
D’IRIS 3
 
Dormeurs 5
Nostalgiques 8
Des ténèbres 12
Du sang d'un Peuple 14
Faut-il y croire ? 23
Lors fût un Songe 25
Dire des Lendemains 28
Des Temples signes 30
Demeure d'Or de l'Etre 33
Du Chant 35
L'Enfantement 37
O Monde natif 39
Éclair 41
En ces floralies 43
Que l'onde transcende 45
O Certitude 47
Des Temps 49
Règne 51
Du Rythme propitiatoire 53
Dessein 55
Que l'Aube 58
Aurore du Chant 60
De l'Univers 62
Chant de la Terre 64
Ordre Lumineux 66
Destin 69
Qu'ivoire le ciel 71
Que l'Aube claire 74
Alchimie du Verbe 76
Hommage 78
Qu'enfante 80
Ce jour Vivant 82
Renaissance 84
Et ce Temps 86
Fraîcheur 88
Fût semé 91
Et nous allions 93
Écrins Impériaux 95
Conquérants 97
En l'Astre mille Voix 99  
Fêtes de Nature 101
Quand l'Aube s'éteint 103
Étreintes Guerrières 105
Au faste de la Nue 107
Saturnales 110
Du Site Opalin 112
La rencontre de ce Monde 114
Lumière d'Iris 116
Exonde Passion 118
Empire de l'Etre Souverain 120
 
Table 123
 
***

 
  

Le 24/05/1982
Le 17/06/2004
A Le Pecq
Vincent Thierry.

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