LES SORTILEGES DE L'ENFANCE

TEMPOREL
 
 
  

LES SORTILÈGES
DE
L’ENFANCE

 
  
 
 
 

Avant propos



Les miracles existent !
 
La Terre, incertitude réelle de la divinité, représente l'Âme de la solitude en laquelle voltigent des milliers d'Êtres.
 
L'Enfance seule est en pouvoir de comprendre les sortilèges merveilleux créés par cette Nature, Empire planétaire.
 
La sensibilité de l'Enfance et de l'Adolescence se remarquent dès l'Éveil. Il y a en l'Âme jeune, donc saine, un phénomène interne qui pousse par la grâce de ses rayons l'hypersensibilité à promouvoir la réalité surnaturelle d'un monde magique où nos essences transcendantes se sont muées, ont éclos un Idéal prestigieux.
 
Idéal de la Vie !
 
Idéal, si tant de chant la mort de notre corps, l'offre d'une connaissance salutaire, l'orbe de l'Enfance par l'instant de l'Éveil, force génésiaque d'une naissance Temporelle, œuvre l'Empire de notre Terre.
 
En cet aujourd'hui fait de concret odieux et d'abstrait conquérant brille cette flamme inextinguible, celle que l'on hait parce qu'elle est refus du contexte actuel, celle que l'on traite d'inconscience si tant de foi son verbe constructif, celle que l'on refuse, ou que l'on feint de refuser, ce qui est pire encore, par désintégration de sa propre densité, toutes forces antagonistes signifiantes, voulant signifier de l'onde pure le dépérissement dans le chant du Vivant et du Temps.
 
Genèse d'aventure multimillénaire de par les âges, flamme vivante renouvelée ce jour pour plus grand éclat dans le pouvoir d'un vouloir d'Existant, semble-t-il à la conscience de ce temps.
 
En sera-t-il firmament ?
 
Ainsi ces lignes dans l'épopée du songe, lignes de l'époque, histoire de nos jours l'éclat de l'avènement possible...


 
 

Prologue

 

Cinq heures...
 
Lumière, chaos, ivresse, étoiles
" J'ai froid ! "
Qui parle ?
Qui ?...
Soif, envie de vomir, étoiles, sommeil...
 
Huit heures...
 
" Il a crié toute la nuit, je n'ai pas pu dormir ! Pauvre gosse ! Pourquoi ?
Ils ne savent plus quoi inventer pour se faire entendre... "
Ils sont fous !
Taisez-vous ! Il va se réveiller.
Très bien !...
Que se passe-t-il ?... Où suis-je
Chut ! Dormez, nous parlerons plus tard. Jim, apportez la seringue... "
Douleur, le bras me fait mal, le venin... Ou suis je ? Impression
 
Seize heures...
 
Un mur blanc, non ! Un plafond, très haut, oui, très haut, impossible de le toucher, impossible de s'y coucher, néant... Mes yeux s’ouvrent, il fait jour, un rayon de soleil vient balayer le lit défait me faisant face, ode, musique, douce à l'oreille, bruit de journaux que l'on froisse, odeur d'éther,
Hôpital !...
 
La Vie ! Encore la Vie ! ... Je n'ai pas réussi ! Pourtant ! Des larmes montent en mes yeux, coulent sur mes joues... Alors tout recommence... Un homme entre. Ses cheveux sont sales, son visage est piqué de barbe, il me regarde, sourit puis s'assied sur son lit.
 
" Alors ! S’écrie-t-il, le remue-ménage est terminé ? Tu nous en as fait voir cette nuit ! Des spasmes, des injures, tout un vacarme pour je-ne-sais-quoi !»
 
Sa parole me parvient de très loin, bruit d'une vague qui s'échoue sans force sur la grève... Il rit, repars, je suis seul...
Doucement je me redresse. Spectacle... Faiblesse, draps tachés de sang, flétris de vomissures, mon corps semblable, horreur ! Il faut que je me lave ! Il le faut ! Désespoir...
 
Je regarde autour de moi, la chambre est grande, trois lits, trois tables, deux placards, des lavabos, une douche ! Je veux prendre une douche ! ... Je cherche une sonnerie, je la trouve, j'appuie, attendre...
 
 
Vingt heures...
 
Sommeil... Les bourdonnements disparaissent pour faire place au silence. Expliquer un geste, solitude d'effort contrôlable, plus tard ! ... Quelques phrases, amitié d'inconnus, sérénité et courage du lendemain à renaître en mon Âme mortifiée...
Sommeil, dieu de l'azur !!! Au plus profond de mon Être tressaillent les affres incontrôlables d'une agonie proscrite...
 
 
Vingt-deux heures...
 
Tout est mieux ainsi... Que m'emporte le soleil nocturne vers d'autres mondes... Sommeil...





I
 
AB ORIGINE
 
Depuis l'origine


1
 
GALAXIES
 
" Acropole, souvenir de la naissance d'un Monde juste, souvenir d'une Âme libre, souveraine... "



 
 
 
 
 
 

 
La mer, vitrail splendide, évapore au vent l'iode cristal de son royaume. Les mouettes battent de leurs larges ailes le ciel d'iris. Marche l'Être solitaire, le cœur très loin de l'Univers, rêvant à l'Enfant qui va naître. Les marins couverts d'algues s'amusent de son vague à l'âme : Ils ne comprennent pas, ils ne savent pas...
 
Seul le vieux Jean sait ! Il a déjà fait l'expérience de la naissance. Craignant d'être ridicule, il se tait, tait sa hargne devant les autres, intérieurement se morfond de son manque de courage.
 
La grève est proche, les gens se pressent autour d'une barque échouée, badauds toujours en recherche d'un quelconque sujet d'amusement, ils se précipitent, oublient le jeune Denis, qui las de ce tumulte s'enfonce dans le pays.
 
Voici le village, ses murs blancs écrasés de chaleur, l'odeur particulière de ce site irisé de luminosité, sérénité : force et caractère y ont forgé un Peuple tout en granit...
 
Ou l'unique se veut rencontre, c'est ici que Denis s'est marié, c'est ici, à l'enceinte close de la vieille église que l'on baptisera son Enfant...
 
Ingrid, énamoure de cœur, si belle, - visage gracieux ou pétillent deux yeux de noisetier, bouche en nacre d'un verbiage joyeux, auréole de longs cheveux châtains, expression de l'Amour personnifié - s'avance vers lui. L'Enfant qu'elle porte est à peine visible tant sa taille et son atours sont statuaires. On pourrait croire vivante une nouvelle Athéna si tant de féminité la portée de son gestuel.
 
Ainsi la vision de Denis, fierté interne de son amour qu'il ne montre jamais en dehors de l'intimité de leur couple exclusif d'un Amour intarissable.
 
Ingrid l'embrasse, détaille, jamais rassasié de lui, cet homme à qui elle s'est donnée et qui toujours sera à elle : un corps svelte, une frimousse encore enfantine, un sourire éclatant, épure noble le secret de sa force, don de son cœur à celle embrasant son regard.
 
" Ou étais-tu ? Sur la plage... Qui as-tu vu ? Tu sais... Je vais bientôt avoir besoin de toi... Il ne tardera pas... "
 
- Je serais là au moment suprême, ne te tourmente pas... Qu'ai-je fait ? Oh, depuis le début des vacances, je tourne et vire, je suis impatient à vrai dire ! Et puis il y a tant à préparer, l'avenir de notre Enfant ! La solitude est parfois nécessaire à cette éclosion...
 
- Je te comprends très bien... Ah comme nous sommes heureux loin de Paris et ses broussailles !...
 
Oui. Très heureux, ce n'est qu'ici que nous devions faire naître notre Enfant ! Notre bonheur est né ici, doit se perpétuer ici !... Rentrons Ingrid, la nuit va bientôt tomber, et le froid est vif ensuite...
Rentrons, mon Amour ! ... "
 
Enlacés amoureusement, ils prennent la petite rue conduisant au chenal. Le soleil disparaît l'horizon. Déjà les premières étoiles apparaissent.
 
À la porte de la pension, Madame Jean les attend. Qu'ils sont mignons ! Pense-t-elle, puis : Tenez, voici les amants mariés ! S’écrie-t-elle.
 
Les quelques pensionnaires présents sourient. Décidément, Madame Jean a la verve un peu folle, s'exclament certains. Denis aide sa femme à gravir les marches raides du perron - " Laissez là donc seule ! Elle y arrivera bien ! Faudra bien un jour ou l'autre ! Vous êtes trop gentil Denis, de mon temps ! Vous savez ! ... " - Poursuit Madame Jean tandis que Denis réplique : " Chut ! Vous allez réveiller le petit ! ", ce qui a pour effet immédiat de faire taire cette matrone intarissable, et de faire rire Ingrid aux éclats devant les yeux arrondis de la pauvre femme.
 
Dès lors, laissant Madame Jean à ses réflexions, les époux prennent le chemin de leur chambre afin de se préparer pour le dîner...


*


Nuit...
 
Les corps reposent, les âmes vivent les illuminations de l'esprit. Rêves et sortilèges prennent place en un monde personnel haut en couleur, en tragédie, en Amour...
 
Le sommeil vagit, une douleur espiègle s'insinue dans le repos, souffrance et jouissance de l'esprit et du corps se mêlent, réveil,
 
Un cri !
 
Denis sort du songe, "Que se passe-t-il ? Chérie, chérie, que se passe-t-il ?... ". Ingrid ne répond pas, prostrée, son visage reflète l'immense accueil de la Vie.
 
Délire !
 
Joie !
 
" Vite un médecin, l'heure est venue, O Joie ! "
 
Ces phrases murmurées puis criées réveillent tout à fait Denis. Fébrile, il se lève, ses mains tremblent, des larmes de bonheur coulent le long de ses joues, il cherche ses vêtements, s'habille en hâte, se précipite...
 
" Madame Jean ! Madame Jean ! ... "
 
Les portes claquent, l'effervescence gagne la petite communauté de la pension, une voiture disparaît dans la nuit, sonnerie, voix, frissons, résonnent dans le silence, ode à la Vie !
 
Éclair, lumière, nuit, cris, monde béni, tout demande courage à cette naissance nouvelle !
 
Il est l'heure,
 
L’Heure ! ...


*


Le monde de la Vie apparaît !
 
La porte s'ouvre, sans bruit se referme.
 
Enchantement, éclosion, instant suprême : le flot incessant de la Lumière pénètre dans les artères du jeune cœur, purifie les derniers spasmes de la lévitation.
 
Premier sommeil à l'air pur, premier éclat, grognement perceptible par le commun des mortels :
 
Une nouvelle Âme vient de naître !
 
Rêves, ensorcellements, pureté insigne d’éphémère : le soleil Vivant se fait fête de l'événement, un arc-en-ciel de bonheur illumine l'onde cosmique. Chante l'Éternel Retour, la pérennité de l'acte, la somme de l'éclair Humain assouvi d'orbe essentiel !
 
Très loin, entre les mondes, se dressent les azurs novateurs et concrets de ce qui sera demain : l’Être !


*


Couleurs : la clarté libère les yeux du voile qui les obscurcissait d'ombres et de fantasmes. Regard affine son vouloir au vide naturel ne découvrant qu'un intérêt relatif pour la forme, sommeil...
 
Bruits : l'Univers parle, l'Esprit écoute, l'Imagination embellit, qui est il ? Faste, sommeil...
 
Vagissement : le langage tourmente le corps minuscule blotti entre les bras de sa mère, s'affirme, songe, sommeil...
 
Sens : contact tiède et doux, les membres s'amusent au parcours, sillon de chairs aimées et nourricières, sommeil...
 
Odeurs : effluves de toutes formes au gré des inspirations pénètrent, s'alanguissent puis disparaissent, sommeil...
 
Frissons des premiers instants d'insigne pureté délivrent leurs miracles à l'informe en Voie de plus haute forme : alacrité à la Vie...


*


Les jours passent, la pension s'emplit de gens de tout horizon fêtant Ingrid avec force cadeau, mêlant leurs félicitations à l'envie interne de posséder un amour si pleinement éclos. Ingrid, couchée, se complaît à leurs visites.
 
Heureuse de ce va-et-vient permanent de ces âmes envieuses, elle resplendit de ce bonheur tout neuf qui vient de la faire Femme dans sa plénitude.
 
Denis, plein d'attention pour tous, est comblé. Ses yeux rayonnent d'une lumière enivrante.
 
L'Enfant au berceau écoute, écoute ce prénom qui sera sien et que murmurent les époux avec émotion : Frantz. Il sourit, ses yeux s'animent. Son père se penche sur son front, l'embrasse avec douceur. Le sommeil le prend, déjà il dort, insouciant, la protection de sa Vie assurée par l'Amour fécond de ses parents.
 
Au loin résonne une clochette, le ciel vibre ce son joyeux, l'entente et l'harmonie baignent ce paysage d'Humaine sensibilité. Dans la cuisine de la pension Madame Jean et son vieux mari s'embrassent. La Vie n’a plus guère demeure en leurs corps vieillis, mais leur tendresse sait couver cette braise de bonheur sans failles.
 
Bonheur...

*


Baptême. Le Prêtre s'abîme en une profonde oraison, les brebis se taisent, émues. Un chœur s'éveille, paradisiaque, la pureté des voix s'élève : Cristal !
 
Dieu vit dans les sillons brumeux de l'Âme enfantée : Frantz. Des larmes de joie brillent dans les yeux, vibrent une foi fervente faite de souffrance et d'Amour.
 
La messe se termine, félicitations, sourires, la planète épiscopale se vide, et ce départ annonce la fin des vacances et le partir vers d'autres lieux pour les époux. La voiture est prête, les adieux sont douloureux. On parle de revoir, de lettre, de promesse, puis vient l'heure de la séparation. La petite famille s'engouffre dans le véhicule qui démarre.
 
Déjà la route, le profil distant du village et de ses hôtes. Ingrid et Denis se regardent, sourient : « C'était merveilleux ! » s'exclame Ingrid.
 
- Oui ! Mais rassure-toi, ce n'est que le début de notre immense bonheur, je te le promets ! Enchaîne avec joie Denis.
 
Un demi-rire se fait entendre, Frantz sourie, balbutie, il semble approuver.
 
- Ah Dieu, quel bonheur ! dit Ingrid en embrassant son Enfant.
 
La route s'enfonce, tourne, monte, descend, telle sinuosité de la Vie, elle les emporte vers l'avenir,
 
Avenir ! ...


*  *
*


Banlieue, la famille rejoint son alcôve au ciel gris et triste, amalgame d'âmes sans buts définis où les corps s'enchevêtrent en une monstrueuse toile de joie et de rancœur, d'amertume et d'amitié. Communauté sans lendemain ou les Humains ne se lassent pas de vivre à la même lumière les affres étincelantes de la Vie…


*


La maison est vaste, le soleil pénètre avec force les quelques fenêtres ouvertes au souffle extérieur.
 
Sans se lasser, le vertige du Temps a accompli son œuvre : l'Enfant ne se morfond plus dans son berceau, il marche : premiers pas vers l'inconnu, premiers pas vers l'espace commun, la Terre, l'Univers et les Êtres.
 
Précoce, il prononce avec sourire ses premiers mots d'Amour : " Maman, Papa ", mots si simples dans la tendresse de leur vœu le cycle d'éternité que gardera l'Enfant jusqu'à sa mort comme prémisse d'une réalité fabuleuse, celle du don de sa Vie à l'Amour.
 
Tout l'étonne, tout est à découvrir : les meubles, les objets épars, les ustensiles de cuisine, les livres qui ornent la bibliothèque, les œuvres d'Art exposées un peu partout. Admiratif, il suit les murs de la maison, contemple la diversité servile étalée devant ses yeux. Les questions fusent en son esprit. Questions du premier âge, questions faites de recherche assidue quant à la compréhension du phénomène observé, questions avenants des réponses toutes personnelles stimulant des réactions diverses allant du rire au pleur, de la négation à l'affirmation du signe dévoilé. Innocent au premier âge, l'Enfant n'imagine que dans la limite de ses perceptions et de sa connaissance. L'abord du monde dévoilé n'est en lui qu'une acceptation, propice au futur d'une assimilation qui lui permettra par la recherche d'influer d'une manière positive sur ce monde. Racine matérielle, l'Enfant découvre au vagissement de son Spirituel l'enveloppe du monde, monde d'espace trouble et merveilleux, monde en lequel il s'insinue, détermine sa place physique et spirituelle, Temporel dont les dimensions ne seront atteintes qu'au sevrage des sens de son Être unique.
 
Premier âge, premier tourment, le corps annonce son vertige, l'âme son miracle, Frantz découvre son entité, ce corps, cette immensité, virtuosité de sommeil, virtuosité d'éveil, virtuosité de la Vie, ce produit charnel, cette éloquence vivante de l'Amour, qui est il ?
 
Les gestes maladroits, il palpe sa peau : flexible et douce, semblable d'un soleil terrestre, il cerne sa forme. Ces mains se promènent, gagnent l'autre dimension, prennent des objets, bougent. Quel amusement pour le petit Frantz que leur obéissance à la moindre pensée de son fait. Elles coulent, la droite sur la gauche, on dirait deux petites bêtes, deux oiseaux gracieux voltigeant en l'azur, et ces oiseaux s'assignent au moindre ordre donné par la pensée ! Joie ! Le corps obéit. Il s’empresse au moindre désir. Sourire, l'Enfant découvre le pouvoir, pouvoir de diriger son premier bien, et la raison même de ce pouvoir lentement dévoile sa face, conscience d'Être : l'Âme éternelle.
 
Orbe de réflexion primitive au loisir du moindre geste, ce miracle apparaît à l'Enfant extasié. Toutes choses de la vie coutumière : le jour, la nuit, les promenades, les bains, l'amour puissant rayonnant autour de son Être amènent Frantz à la conscience de son existence propre, déterminent au plus profond de lui des questions auxquelles l'éveil de sa personnalité lui permet de répondre sans ambiguïté, force du langage. Langage bâti de haute lutte dans la logique des rapports Humains, acquis de plus forte lutte encore par l'Enfant inculte de cet outil, lutte nécessaire au déchirement de la buée recouvrant l'âme, et permettant enfin à cet écrin par le jeu de l'esprit d'affirmer son existence. Lors de cet acquis, Frantz se fait fête de rire, de crier et de parler, il se sent fort : il montre sa présence, symbolise son intégration dans l'Univers. Cet acquis le prépare aux puzzles combien délicats de la pensée, du songe, de la passion. Prémisses d'ouverture à la découverte de la Vie et à la fusion des sens qui s'affirment.
 
Ingrid et Denis ne se lassent pas d'emmener l'Enfant à la campagne. Là, Frantz s'ébat librement, joyeusement. Il prend contact avec la réalité naturelle. Ses sens se dévoilent un à un. Les fleurs hautes en couleurs lui apportent des jouissances visuelles, les pierres et les cristaux l'envie de se voir fort, la mousse et l'herbe tendre, l'envie de se voir blotti dans les bras de sa mère. Toutes faces dévoilent à sa conscience la vertu de sa personnalité, insigne des sens de son Être. Vertu s'épanouissant au fur et à mesure que le monde de l'inconnu disparaît, que le langage évolue. Frantz fait un effort considérable pour bien parler ce qui lui permet d'exprimer sa totalité, tour à tour joie ou douleur : la perte d'un objet familier lui apporte outre une crise de larme la conscience de cette perte et le pouvoir de l'exprimer, une trouvaille, outre le sourire et la joie qu'elle assigne à son visage, lui permet d'apprendre par la compréhension du Verbe la finalité existante de l'objet trouvé. Ainsi la sensibilité s'affine, déjà l'Enfant n'est plus un Enfant, il devient sujet de connaissance et d'action : il devient Être Humain.
 
Frantz se sent vivre, aidé en cela de toute la puissance de l'amour de ses parents qui lui ouvrent toutes faces de la Vie avec tendresse et sollicitude. Ce premier éveil pour l'Enfant est un rêve sans limite. L'amour exclusif qu'il sent naître en lui pour la Vie devient accord sans façade, ainsi peut-il répéter le chant de sa mère en la prémisse de son existence, ce qui ne manque pas de causer une grande joie à ses parents tant la compréhension du sens de ce chant semble lui apparaître avec vigueur :
 
" Enfant, tu es l'atours de nos plus beaux jours, tu es le soleil et la lumière de nos cœurs ! Tu te veux unique, tu l’es ! Nos ivresses sont les tiennes, le Paradis tu nous le montres, tu sais...
 
Nous ignorants, nous ne cessons de nous désespérer, tu en ris ! Tes éclats de voix annoncent le temps du vertige, tu nous prouves que la Vie n'est point éphémère, point une souffrance !
 
Tu es le fruit de nos désirs, le fruit de nos solitudes, en toi, nous renaissons ! En toi, nous vivons ! Réjouissons-nous ! ... "


*


Paris est une incertitude, Ingrid décide Denis à quitter cette ville de façon à permettre un meilleur épanouissement à leur Enfant. Le départ a lieu dans la joie. On laisse derrière soi toute une période d'amour et de bonheur mais le futur promet trop de ces orbes pour que les visages s'attristent...

* *
*


Ville nouvelle se pâme sous les premiers rayons de soleil. L'hiver a fait place au printemps. Le bien-être règne en la vieille maison acquise en ce site fastueux. Vaste, elle permet l'éclosion complète du jeune Frantz. L'amour rayonne chaque pièce de ce lieu, telle étoile emplit chaque recoin de la villa, égaie le jardin et ses alentours, fait une fête continuelle à la nature avoisinante.
 
Frantz s'épanouit. Son visage reflète la grâce : iris des yeux diamants et rubis de teinte marron, bouche merveille, petit nez adorable, l'ensemble circonscrit aux volutes de longs cheveux d'or signant l'éclat de la jeunesse de son âme, l'éclat de la jeunesse de son corps fait du roc doux de son père dont nulle maladie ne vient interrompre la croissance, jeunesse de quatre ans, aube limpide l'aube de la Vie, début du grand brassage sentimental de la lumière.


*


Les parents de Frantz travaillent dans la même entreprise. Les places qu'ils occupent ne leur permettent pas de consacrer beaucoup de temps à leur Enfant. Dès lors ce dernier imbu de leur confiance ne se lasse pas de profiter de sa liberté toute neuve. Liberté sans évasion car il est sous la garde d'une nourrice qui ne le lâche pas d'un pas. Il mène une vie de chien à cette pauvre femme : il veut connaître, il veut découvrir, il veut s'amuser, il veut dormir, il veut lire... Madame Yvonne, de fait, ne sait plus ou donner de la tête, et parfois les parties de plaisir se terminent par une bonne fessée que Frantz ne pardonne pas facilement.

 


Table


 
 
LES SORTILÈGES DE L’ENFANCE
 
 
 
 
 
 
Avant Propos 5
Prologue 9
 
I) Ab Origine 15
 
1 Galaxies 17
2 L’Instant 41
3 L’Éveil 37
 
Ad Vitam Aeternam 139
 
Lettre à un ami 141
 
II) Ecce Homo 145
 
1 Le Partage 147
2 Voyages en les sphères 205
3 L’éternité 243
 
Final 295
 
Table 301

 
  

Paris Le Pecq
01/01/1973 – 25/05/1980 – 11/04/2004
Vincent Thierry

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