MAUD, le sacerdoce d'une infirmière



MAUD
(1915-1936)
 
Le sacerdoce d’une infirmière
 
 
MAUD VINCENT



ÉCRITS

Conte de Noël


Sous la pâle clarté de la lune, les flocons, pareils à de blancs papillons, légers et duveteux, tourbillonnent sous le souffle aigre de la lune bise. Des girandoles de givre pendent aux arbres et aux buissons. La campagne entière semble dormir sous l’épais tapis de neige. De toutes les demeures illuminées émanent d’alléchantes odeurs, laissant prévoir un succulent réveillon.
 
Dans la modeste maisonnette qui fait le bout du village, deux enfants : Vivette et Yves, finissent de dresser une humble crèche. Dans une grotte, figurée par des cailloux parsemés de mousse et de branchettes de sapin, la Vierge, Saint Joseph, l’âne et le bœuf, entourent Jésus couché sur un lit de paille.
 
Mais le son des clochers, harmonieux et clair dans la nuit froide, vient arracher les deux enfants à leur contemplation. Chaudement couverts, ils se hâtent avec leurs parents vers l’église perchée au haut de la colline. Tout le long du sentier qui y conduit, les flammes vacillantes des lanternes semblent autant de petites veilleuses placées là, pour montrer le chemin aux fidèles.
 
De gais propos, des rires joyeux, s’échangent. Lorsque Vivette, poussée par les uns, tirée par les autres, se trouve séparée de ses parents. La fillette apeurée et craintive, se hâte dans sa marche, quand soudain, elle est arrêtée par un obstacle.
Un gentil blondin, au visage frais et rieur, vêtu d’une tunique blanche, dort, blotti dans la neige, sans souci du froid.
 
Émue, Vivette le contemple, puis prenant une grave décision, quitte son manteau et en recouvre l’enfant…
 
La messe de minuit terminée, elle entraîne ses parents vers le lieu où gît le bambin, peut-être mort de froid. Là, une surprise les attend. Le manteau ne recouvre plus que la forme frêle du corps prise sous la neige de celui qui reposait encore là, il n’y a qu’un instant.
 
Le vent hurle, les fait reprendre leur marche, quelques pas et la maison apparaît, ses fenêtres brillamment éclairées. Étonnés, ils hâtent leur course et demeurent sidérés devant la porte entrouverte...



INFIRMIERE


Courrier




« Ma chère Amie,
 
C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai reçu votre lettre, plaisir doublé par le seul fait d’avoir de vos nouvelles et savoir bientôt que vous serez des nôtres à la rentrée. Je vous félicite de votre heureux retour à la santé, et je vous plains vraiment d’avoir eu à subir trois interventions. Cela est très pénible pour le patient. Mais aussi, si vous devenez infirmière, lorsque vous ferez votre stage de chirurgie, vous serez mieux à même de comprendre les souffrances d’autrui. Ce séjour, non seulement vous a permis de renaître à la santé, mais aussi a révélé votre vocation, car il faut de la vocation pour être infirmière, et je vous engage vraiment à le devenir si vous possédez cette dernière. Si vous saviez la sensation de vie intérieure qu’est la nôtre de se dévouer chaque jour au service de notre prochain, se donner corps et âme à ses malades, cela donne vraiment le sentiment qu’on fait au moins quelque chose d’utile dans sa vie. Et puis l’idéal auquel nous aspirons est tellement noble et élevé ! Dans notre groupe chacun compatit aux douleurs de chacune et se rejoint dans ses joies. Nous formons une grande famille dans l’âme encouragée par notre Directrice, bonne et dévouée, une véritable maman pour ses « filles ». Ainsi je suis très heureuse de vous donner les renseignements demandés.
 
Il faut avoir dix-huit ans révolus pour pouvoir être admise. Les cours vous sont faits par les meilleurs docteurs ainsi que par notre Directrice. Ils sont excellents et très intéressants.
Je ne peux vous donner l’emploi du temps car celui-ci ne sera fixé qu’à la rentrée. La seule chose que je puis vous indiquer et qui ne subit pas de variantes, ce sont les horaires de vos stages. Tous les matins et toute la semaine, stage de huit heures trente à midi, mais nous sortons fréquemment vers onze heures, onze heures et demie, et deux fois par semaine le mardi et le vendredi de quatorze heures à seize heures. Autrement, nous avons cours tous les après-midi de la semaine en sus des stages, sauf le samedi où nous sommes libres de partir dès la sortie du stage. Les matières enseignées sont la chirurgie, la médecine, l’hygiène, la puériculture, la sérologie, la pharmacie, les techniques de soins, la morale professionnelle, etc, etc.
 
Les stages comme les cours se font à l’hôpital où nous avons notre école, et dans deux autres centres. Nous sortons en général vers dix-huit heures trente, dix-neuf heures.
 
Avant de faire les stages, il y a un mois de probation pendant lequel sont enseignés les grandes lignes et l’indispensable de notre métier. Au bout de ce mois a lieu l’examen de probation portant sur les matières étudiées, qui fixe l’admission à l’école. Le montant des études revient à 60 francs (1934) par mois, payables par trimestre et à l’avance.
 
La Directrice vous fixera un rendez-vous. La rentrée s’effectue le premier octobre.
 
Ce n’est pas très loin, et si vous êtes acceptée, je me ferai un plaisir de vous accueillir ainsi que les toutes nouvelles… »




ESPRIT DE DISCIPLINE


 
Kleber disait à ses hommes : c’est quand on a faim, ne pas manger, quand on a soif, ne pas boire, quand on ne peut plus se porter soi-même, porter ses frères blessés.
 
Travailler dans l’ordre implique discipline de :
 
·        L’activité,
 
·        La volonté,
 
·        L’esprit et du cœur.
 
Discipline de l’activité :
 
·        Agir et non pas s’agiter.
 
·        Se hâter doucement, non point se lancer avec empressement et précipitation.
 
Discipline de la volonté :
 
·        L’orienter,
 
·        L’exercer,
 
·        La rendre forte et constante,
 
C’est l’assouplir aussi…
 
Constante et forte, la volonté sera souple, adaptant son effort aux circonstances, aux opportunités, aux directions des chefs qui se succèdent.
 
Discipline de l’esprit :
 
·        Ne lui permettez pas d’être frondeur, ce qui ne l’empêchera pas d’être ouvert…
 
·        Esprit indulgent, docile, sérieux, actif.
 
·        Il s’intéresse et s’éclaire sans indiscrétion ni curiosité.
 
Combattez enfin l’hésitation, la fluctuation de votre esprit.
 
Discipline du cœur :
 
·        Un cœur doit compatir, vouloir et faire du bien, mais non seulement selon son mouvement spontané et émotif.
 
·        Soulagez dans l’ordre, c’est-à-dire le mal réel et non point le mal du moment.
 
·        Adoucissez les peines, faites plaisir, oui, mais non au détriment du plus grand bien.
 
·        Par couche, défendez-vous contre une sorte de scepticisme qui vous ferait attacher plus d’importance à certaines prescriptions.
 
·        Ne faites jamais languir un malade, que jamais il ne puisse pressentir votre incrédulité professionnelle.
 
·        Pas de cœur scientiste, point de cœur impossible…
 
·        Discipline du cœur encore, en n’entreprenant pas le malade dans l’illusion, sachez doucement, pieusement, faire entrevoir l’extrémité qui approche…
 
Avoir l’esprit de discipline c’est au fond agir avec sagesse, discrétion et mesure.
 
Tenez-vous en garde contre deux écueils assez fréquents avec des jeunes :
 
·        Ne prenez pas à leur égard une attitude de parvenue.
 
·        Ne vous croyez non plus immortelles, ayez soin de faire profiter les femmes de votre expérience, de vos échecs.
 
Vous n’aurez jamais une âme de chef si vous n’avez d’abord une âme de soldat, de soldat discipliné, consciencieux, obéissant.

***


Table


Maud
(1915-1936)
 
3 Maud
 
5 Écrits
 
7 Conte de Noël
13 Esope et La Fontaine
21 La médiocrité intellectuelle
27 L’esprit romanesque
 
33 Infirmière
 
35 Courrier
39 Esprit de discipline
45 Obéissance – bon esprit
51 Courage, force de caractère
57 La patience
61 La bonté
69 Le dévouement
77 Vocation et enthousiasme
83 Sacerdoce
 
89 Exégèse
 
91 Vous et Dieu
95 Vous et la vie
101 Vous devant votre conscience
105 Vous et votre valeur d’âme
109 Que restera-t-il quand nous aurons vécu ?
115 La médiocrité
121 La foi
125 Plaire à Dieu
 
 
129 Carnets de pensées et poèmes
 
131 Poèmes
 
133 Au banquet
134 Le soir
137 La ferme des rosiers
139 Le livre de la vie
140 Je n’ai gardé
141 Lied
142 À la lune
143 Recette du bonheur conjugal
144 Le pardon
145 Vivre
147 Le souvenir
148 Justice et Charité
150 Le cœur
152 Qui peut dire ?
153 La mère
154 J’ai besoin
155 Le printemps
157 Ainsi resterons-nous
158 Je te cherche
159 Petite Sœur Agnès
160 Le retour des cloches
161 Les yeux
162 Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.
164 Le couvent
165 Les coiffes blanches
167 Le triomphe
169 Lied des roses
170 Sainte Vierge si pure et très douce et très bonne
171 Levons nos cœurs !
172 Les clochettes du chemin
175 Carillon
177 Carillon
178 L’heure de l’extase
179 J’aime les vieux tableaux
180 La bonne souffrance
 
 
183 Esprit
 
211 La souffrance et nous
215 Servitude et grandeur de la maladie
219 Mater Dolorosa
 
223 Table
 
 
 
 
 
 
Compilation de textes
Royan
27/12/2015

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