ONDINE

ONDINE

 
Pièce pour une voix en trois actes

ACTE I
 
« Lagunes »

 

(Scène vide, jeu de lumière, découverte du personnage central, Ondine, assise, les mains repliées sur les genoux, visage contre les genoux ; arrière plan : les étoiles, la terre, le soleil ; tonalité : tonnerre puis chants d’oiseaux, bruissement de vagues)

Scène I
 
« Monologue alpha »


Des ambres cils qui nous viennent, et dans le feu des allégories, et dans le fleuve azuré, mannes à propos, nous y voici…
 
(Ondine se lève, s’étire puis déambule lentement, montrant parfois au-delà de la scène les apparences de son jeu d’esprit; gestuel, improvisation)
 
Qu’il me tarde dans ce conte d’ouvrir les passementeries d’ivoire ! Tant de temps présent, tant de temps passé, tant de temps à venir, au-delà de l’immolation du rêve, dans la fécondation du songe, iris de la vertu des mondes, iris encore et toujours des frénésies vagabondes, de celles qui nous enseignent, de celles qui nous guident !
 
Oh ! Mais que vois-je ici ? Dans les frondaisons, la raison, son souffle et ses épices, ses vastes cargaisons aux flancs d’ébène de myrtes alanguis ! Un jeu, un espoir, que l’amour toujours renouvelle, et mon cœur qui palpite, et ma nuit qui devise, et mon corps qui tremble, à l’unisson des vents altiers qui se déversent, des roseraies printanières qui éblouissent, sauvages étreintes de parousies délimitant ces mille voies que mon éternité compose !
 
Des miroirs encore le reflet qui nous vient. C’était hier, peut-être demain, dans l’exonde silence d’une route prairial. Il y avait des étoiles en nombre aux coloris distincts, voyant des hyperboles de l’axe le retour du chant. Fête anachorète de nectars précieux que le Peuple accompli voguait d’élytres adulés, comme l’espoir sans chagrin d’une ouverture sur ce monde, livrant en ses puisatières coordonnées l’éventail de son cri glorieux, vainqueur fertile des opiacées divines !
 
Nage en sève des féeries de cet univers, là, ici, plus loin, plus loin encore, dans ces confluents des racines lumineuses dont nous sommes issus, par-delà les plaintes, les labours et les fenaisons immatérielles des délétères ovations, toujours plus loin, à la rencontre de cet état momentané de mon amour souverain !
 
(Silence, Ondine se recueille un instant, joint ses mains, puis les dresse vers le ciel)
 
C’était une aube grise sur les temples, des fumerolles évaporées, mantisses d’inquiétude, choyant une incertitude, parcours d’être aux légions apprivoisées, là-bas, si lointaines en devises, si belles aux souvenirs ! Et dans la frénésie solaire jaillissant des métaux ivres, cet appel impérieux, du sort conjugué l’essor des villes de pourpres. Citadelles haïes des femmes de ce temps, emportant aux ramures les frissons de leur désir, de leur vague adamante, de ces fleuves de joie, ce jour brisés par les laves austères de la guerre !
 
Punitive nous fut-elle dite, dans ces respires au préau, ces souffles oripeaux, vêtures de grands édits, de lois et de règles auxquels se plièrent nos amants, dans un dessein sans masques et sans failles, ce dessein de nos larmes d’hier.
 
Voyant passants les cris de nos moissons, hâlés de brume et de sang, en vagues, déferlants les noirs vaisseaux de notre abîme de ce jour !
 
(Ondine s’agenouille sur la scène, jeux de lumière, cris de colères, marche bruyante et motorisation, trompe l’œil de vaisseaux disparaissant dans les cieux à la rencontre des étoiles.)
 
Coryphée me viendras-tu conter l’errance ? Ces mille et mille jours qui s’enfantent dans le pépiement des cils de nos nuits, de nos jours égarés dans ce vide du firmament ou se tient le lieu de tout accomplissement ?
 
Festives cymbales de cormorans fluides aux mâtures des éclipses, là se situe le verbe et dans ses écrins le feu de nos tourmentes, mais nous diras-tu enfin ce qu’ils sont devenus ?

 

 
 

 
TABLE DES ACTES ET SCENES
 
THEATRE
 
Ondine
 
 
ACTE I« Lagunes »
Scène I
« Monologue alpha »
Scène II
« Où l’univers s’accomplie »
Scène III
« Cassiopée »
ACTE II
« Horizons »
Scène I
« Ambre »
Scène II
« Mélopées »
Scène III
« Irisation »
ACTE III
« Retour »
Scène I
« Délivrance »
Scène II
« Isis »
Scène  III
« Enamoure »

 

Vincent Thierry
À Le Pecq
Le 16/04/2008

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