VOYAGES

FENAISONS
 
 

VOYAGES



Prélude


 

O Soleil !

 
Toi, Printemps de ma Vie, qui dans ma figuration céleste détermine le flux et le reflux de mes chairs, Terres et Mers,
 
Ivre dans l’abîme qu’aujourd’hui je délivre aux soupçons de mes amertumes et de mon passé,
 
Ton éclat, doit-il se ternir au nom des Etres ?

O Vent !

 
Toi, caresse de ma Vie, qui libre délivre dans l’orgasme mes cris et mes plaintes, mes déchaînements et ma tendresse,
 
Ivre de ma fureur d’aujourd’hui, tes Sons taisent mes chants jadis,
 
Ton hymne, doit-il se ternir au nom des Etres ?

O Pluie !

 
Toi, larmes de mes yeux que j’éclos aux sphères afin de renaître abondance, et ainsi toujours saluer les Empires de la Vie future,
 
Ivre de mes pleurs d’aujourd’hui alors que le chagrin n’était que méprise hier,
 
Ta source doit-elle se tarir au nom des Etres ?

O Terre !

 
Toi, Chair de ma Vie dont les épices s’affinent au long du jour, s’évadent au coeur de la nuit, tendre certitude de l’Éveil,
 
Ivre en mon corps d’aujourd’hui sombrant sous les déchets de l’espace,
 
Ta fertilité doit-elle se tarir au nom des Etres?

O Mer !

 
Toi, sang générateur de ma Vie, front merveilleux et fascinant qui dans l’éphémère clame mon éternité,
 
Ivre en mon coeur d’aujourd’hui qui palpite son trépas d’une Ame malheureuse,
 
Ta force doit-elle mourir au nom des Etres ?

O Ciel !

 
Toi, parure divine de ma Vie, voile scintillant où vibre la béatitude clamant par-delà les sphères l’ivresse de toute Vérité,
 
Ivre en mon Ame d’aujourd’hui, morne éclat de la pure beauté, de mille couleurs stériles,
 
Ta splendeur doit-elle mourir au nom des Etres ?

O Vie !

 
Toi, de moi en moi, Nature sublime qui irise mon Tout, à mon Astre l’affirme d’éléments l’Eternel,
 
Ivre de ma disparition en cet aujourd’hui où la mort et ses fléaux prévalent sur ma pérennité,
 
Ta Victoire doit-elle disparaître au nom des Etres ?

O Etres !

 
Vous, sens de ma réalité qui dans mon espace aux besoins de ma Vie réalisent l’Éveil de ma propre allégorie,
Ivres et odieux en mon aujourd’hui où vos voix inconscientes se réclament parjure d’un droit, où vos haines mystificatrices tuent la moindre parcelle de vos sillons, tuent ma splendeur et vos éclats, 
Voulez-vous me voir disparaître,

Matière Spirituelle,
 
Au nom de votre indigne grandeur,
 
Celle que l’on nomme Ignorance ? …



Impressions



  

Des portes s’ouvrent, d’autres se referment Tel le diurne à l’approche du nocturne, le crépuscule naît pour porter, silencieux, le fruit de la méditation
 
Ils paraissent.
 
Leurs voix fêtent un champ de conscience, leurs regards enivrent la portée d’un Verbe,
 
Ils sont là, vêtus de parures splendides, et disent !
 
« De nos élévations nous porterons le Nom, de nos espoirs nous vivrons le Temps, de notre tout, nous guiderons vos pas,
 
Car Souvenirs sommes-nous et à jamais le resterons afin que votre Sagesse puise en notre Corps la substance de votre Éveil,
 
Celui d’Etre ! ... »
 
Souvenirs énamoures tel le Soleil des Planètes, tel le Coeur de la chair, telle l’Ame du Stellaire, tel le baume des larmes,
 
Souvenirs, contes d’une nouvelle Dimension crispant l’allégorie de la nuit au profit de la Vie,
 
Souvenirs, vents des Continents et des Terres isolées, sources de l’expérience en la naissance de l’inexpérience,
 
Souvenirs, fleuves vivifiants coulant dans les veines du lendemain, qui aujourd’hui bruissent en l’Ame, demandent Apogée, Que votre Vœu soit Pérennité ! …
 
Souvenirs de Nature délivrant dans nos mémoires un cri d’infini, souvenirs de Nature aux couleurs trépidantes du Corps des mille saisons, souvenirs de Nature présents à l’aube de notre nuit, au crépuscule de notre Vie, souvenirs de Nature irisant d’un Soleil de feu nos Actes aux labyrinthes de nos passions,
 
Soyez et déclamez afin que l’éphémère qui nous gagne, rejoigne votre entité d’Éternité !
 
Sagesse au Dire Souverain !
 
“ Pureté Terrestre ou Humaine ne formait qu’un car elles étaient restées indivisibles de la source de fidélité, de l’épique multitude éclairant le front des espaces, tel le sourire de l’Enfant, en déclamant la sérénité éternelle de la Nature Ultime …
 
Blanche, telle l’hermine des prairies, telle la neige des montagnes bleuies, était-elle !
 
Son Corps flamboyant de désirs sevrait nos Vies, son rayonnement de place en place contait nos ivresses, nos amours, nos sommeils, nos rires et nos pleurs aussi, ses frissons irriguaient nos sens lorsque flore d’elle-même nous allions sa beauté, son délire était notre délire, sa joie notre joie, nous formions un Tout où nos Vies dans les caresses se rejoignaient afin de féconder et la chair de nos sols et le sol de nos chairs,
 
Immaculés étions-nous, et nos hymnes allaient vers le Cosmos pour conter notre Union, entente sublime qui par-delà les grandes Sphères se devait de rester éternelle, mais qui en ce jour s’avoue éphémère comme le sont les plus grands voyages,
 
Voyages de Nature que mon Souvenir déclame afin qu’ils restent féeries de notre Monde… »



I
 
ÉDEN


 

AUX PEUPLES DU MONDE, A TOUS CEUX QUI DE LEUR AME, DE LEUR ESPRIT, DE LEUR CORPS, ONT FAIT ABANDON POUR LE DON, QUI DE LEUR TOUT ONT RÉVÉLÉ L’UNIQUE, JE RENDS GRÂCE CAR ILS SONT FRUITS DE NATURE ! …
 
Ainsi disait-il, et tous l’écoutaient, car en lui tous se reconnaissaient. Assis sur un roc, vêtu d’un seul drap usé flottant au large de l’horizon, les mains tendues vers ses frères, les Etres, vieux était il, mais son visage gardait la pureté insigne de la Vie, semblable à un Dieu, ce n’était qu’un berger
 
Alors que dansaient les dernières lueurs du jour et que s’annonçait par-delà les étoiles l’hymne de la nuit, ils dressèrent un feu avec tout ce que le rivage laisse au bonheur des flammes, puis, lorsque sombra la comète du matin et qu’à sa place s’installa le disque noir, ils firent un cercle autour du rocher où se trouvait le vieil homme illuminé par la lumière de leurs travaux, douce chaleur bénissant les espaces.
 
Une voix fusa
 
« Raconte-nous ! Ne nous laisse pas ! Raconte-nous, ce long voyage, oui… »
 
Cri de l’Enfant au milieu de tous silencieux, émus des larmes de l’Amour et de la Sagesse, regards portants sur cette petite fille dont l’ombre au crépitement des branchages jouait lentement parmi les herbes et les mousses, regards fixés sur le ciel, là où se trouvait le vieillard, celui qui savait
 
Il apparût.
 
Sa chair, svelte encore, appuyée sur une branche, il venait à eux ; deux jeunes garçons s’offrirent à l’aider pour descendre du rocher, il ne les refusa point, et c’est ainsi qu’il vint soutenu par la vigueur de la jeunesse au milieu de tous et que tous le remercièrent…
 
Après s’être réchauffé les membres et couvert d’une ample pelisse, il regarda autour de lui, aperçu dans la foule qui l’entourait les nattes blondes de l’Enfant, la pria de le rejoindre, lui permit de s’asseoir à ses côtés. Docile, elle se prêta à sa demande. Il l’embrassa, puis, levant les yeux vers les sphères lumineuses, il se mit à parler…
 
Voix !
 
Voix qui dans la Voie lactée, profondeur des Océans, coule et renaît, se fraye un passage jusqu’au Soleil puis éclate dans le firmament comme symbole d’un message qui se doit de vivre alors même que se tait la Vie …
 
Voix !
 
Voix sans sommeil, telle une source aux lacets des montagnes vibrants de chants, conte de l’histoire des pierres et des sables, portant l’éveil du renouveau au passé comme au futur, à l’Eternel assouvissement de l’Eternel …
 
Voix !
 
Voix de ces mille et un sis aux étoiles, raillant la boue des ruines de l’Humain, comme le vieillard de ce Monde protégé du granit des vents, usé par les pluies de Soleil, au feu d’une Sagesse limpide, fleur de la Pensée …
 
Voix !
 
Voix de ceux qui dans l’harmonie sont l’harmonie d’un épanchement, du nom serein de la Nature, tel l’épanchement du Verbe de cet Etre contant aux mémoires l’histoire de la pérennité de la Vie !
 
«  … Du plus loin que remontent mes souvenirs fixés en ma mémoire, malgré les diversités serviles qui font l’éveil de la pensée, je garde le goût d’une saveur indélébile, celui de l’apothéose, celui du chant éternel de la Vie, celui de la Nature,
 
Car, et ce disant, je vous regarde et vous pose cette question : ne sommes-nous pas la Terre et la Terre nous-mêmes, ce limon qui glisse nos pas, ce vent qui dans l’azur fait entendre son cri, ce Soleil qui, dans le matin, d’un seul rayon anime nos cœurs et leur rend la félicité, cette pluie, qui de l’astre descendu, rafraîchit nos Ames et leur offre une mélancolie éveillant mille sentiments, cette graine qui dans le sol germe dans le sommeil en l’attente d’un éveil lui permettant de naître à la Lumière ?
 
Oui, me répondez-vous, nous sommes cette Terre, et par là même, rajouterais-je, source de sa parure, celle qui autour de nous s’affirme en nous, celle, du nom de sœur, qui dans l’enchaînement de ses plaintes réclame à ses frères, les Etres, l’Hymne d’une parenté de toujours, parenté de Nature …
 
Mais il me faut conter notre histoire, celle que, tous aujourd’hui, vous me réclamez, celle, sans âges, qui fût de vos pères et de vos mères, et qui, en ce jour, est vôtre.
 
Longue est-elle comme les voyages le sont lorsqu’ils apportent à l’Etre le réconfort et la joie de la connaissance, car elle-même fût voyage et découverte… »
 
Le vieillard se tut un instant pour s’abreuver d’une liqueur de miel imbibée par les pollens de mille roses désignées, puis son regard se porta sur des formes lointaines ayant pourpre de citadelle pour sérail, ombres Humaines venues l’écouter chanter l’allégorie de leur présence vivante.
 
Il s’éveilla aux Soleils d’autrefois, puis, ranimé par les espaces grandioses que furent les destins de sa jeunesse,
 
Il se mit à parler …

 

Table

 

 
VOYAGES  
 
 
 
 
 
 
Prélude 5
Impressions 11
I Éden 17
II Genèse 39
III Galaxiales 63
IV Harmoniques 83
V Nature 105
VI Temps 133
Impressions 145
Final 149
 
*********
 
Table 153

 

 
À Paris le 29/05/1976
A Le Pecq refonte le 20/10/1984
Refonte 23/03/2003 05/05/2004
Vincent Thierry.

RETOUR